Retrouvé bâillonné avec des traces de coups
Le 18 avril, Fernand Mathieu, retraité et installé au Brésil depuis quatorze ans, va promener deux de ses chiens au milieu de dunes de sable situées près de son domicile à Salvador de Bahia. Trente-six heures plus tard, son corps est retrouvé sur les lieux par des amis, inquiets alors qu'ils l'avaient attendu en vain à un rendez-vous.
Selon l'expression de l'un d'eux, Fernand Mathieu avait été comme « torturé ». « Il était bâillonné, pieds et poings liés et portait de nombreuses traces de coups », a expliqué à l'AFP l'un de ses trois enfants, Coralie Mathieu-Deshayes. En fait, son père, un ancien postier dans l'Aisne remarié avec une Brésilienne, qui était partie rendre visite à sa famille à 2.000 km de là au moment du drame, a été « frappé à mort », indique un compte-rendu officiel consulté par l'AFP.
À proximité de lui gisait le cadavre d'un de ses chiens, un rottweiler dont la gueule avait été fermée avec un lacet de chaussure. Sa maison avait été cambriolée et sa voiture volée, ainsi que de nombreux appareils électroménagers, des bijoux, des téléphones portables et plusieurs cartes de crédit.
Thèse d'une "mise en scène"
Mais « aucun retrait n'a été effectué sur les comptes en banque de mon père malgré le vol de ses cartes bancaires », ce qui alimente la thèse d'une « mise en scène » pour maquiller ce meurtre, souligne Coralie Mathieu-Deshayes.
Autre élément troublant : la macabre découverte faite, une semaine après le meurtre, par deux enfants et la veuve, accompagnés de la police. Sur le chemin permettant d'accéder au lieu où Fernand Mathieu a été assassiné, ils ont buté sur le cadavre du deuxième chien, dans un état de décomposition avancé, ainsi que des bâtons « couverts de sang » et des sandales du défunt, comme s'ils avaient été déposés là expressément.
Selon Coralie Mathieu-Deshayes, les enquêteurs brésiliens privilégient deux pistes : un crime crapuleux ou une vengeance. Des documents consultés par l'AFP établissent que la police suspecte en premier lieu le jardinier de Fernand Mathieu, connu de la police et qui a des liens indirects, via sa compagne, avec une bande fichée pour trafic de drogue et vols. Il a été interrogé par la police. « Seul quelqu'un qui connaissait le chien pouvait le museler ainsi » car sinon il ne se serait pas laissé faire, avancent ses enfants.
Crime passionnel, règlement de comptes ?
Mais d'autres éléments viennent brouiller les pistes. Trois jours avant d'être assassiné, Fernand Mathieu, pourtant « peu dépensier » selon sa fille, avait retiré 1.000 euros. « La victime aurait, dans un passé plus ou moins récent, prêté de l'argent à un Français consommateur de drogue avec lequel il y aurait eu mésentente », selon une source proche du dossier.Autre piste : quelques jours avant le crime, Fernand Mathieu a eu « une altercation » avec des prestataires de services chargés de tailler ses cocotiers, mais aussi avec un ancien employé.Enfin, la police n'exclut pas la piste d'un « crime passionnel commandité » par la veuve.
« La plupart de ses pistes étaient déjà évoquées en avril », regrette Coralie Mathieu-Deshayes. Toutes les sources consultées soulignent que l'enquête brésilienne piétine alors qu'une demande d'entraide pénale internationale a été faite par le parquet de Paris, selon la famille qui a déposé plainte en France.
Samedi, la famille de Fernand Mathieu a organisé une marche blanche à Paris pour éviter « que sa mort ne tombe dans l'oubli ». Selon Patrick Lachaussée, le directeur de cabinet de la ministre déléguée aux Français de l'étranger, Yamina Benguigui, il y a « bon espoir d'obtenir de nouveaux éléments la semaine prochaine ».
http://www.francesoir.fr/actualite/faits-divers/bresil-l-enquete-sur-le-meurtre-du-francais-fernand-mathieu-pietine-237703.html
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