dimanche 2 octobre 2011

Nonagénaire battue à mort : le fonctionnement de l’hôpital en question

Le parquet de Nîmes se dirige vers l’ouverture d’une information judiciaire dans l’affaire effroyable, révélée hier par Midi Libre, de cette dame de 94 ans, impotente et aveugle, frappée à mort dans sa chambre du centre de gérontologie de Serre-Cavalier. Un juge d’instruction pourrait en effet être désigné, dans quelques jours, après l’autopsie de la victime, qui s’est éteinte jeudi à l’hôpital Carémeau où elle avait été évacuée en urgence, ensanglantée, présentant de multiples fractures à la tête.
L’affaire est jugée "préoccupante" par les enquêteurs. Selon une source proche du dossier, ils vont se pencher en particulier sur "le fonctionnement de l’hôpital" et "beaucoup de problématiques". Au chapitre desquelles, en premier lieu, celle-ci : l’agresseur présumé, 91 ans, avait-il vraiment sa place dans l’unité cognitivo-comportementale de cet établissement dépendant du CHU de Nîmes ?

Cet homme, qui a été trouvé, le jour du drame, dimanche dernier, couvert de sang et délirant dans la chambre de la victime, sur laquelle il se serait acharné à mains nues, était déjà connu pour sa violence. Selon nos informations, avant d’être admis à Serre-Cavalier, il s’était déjà attaqué à un pensionnaire d’une maison de retraite gardoise, le blessant sérieusement.
Entendue par la police, la famille de la victime - "Ils sont en état de choc, compte tenu des circonstances particulièrement horribles", selon leur avocate, Me Hélène Mordacq - a également fait part de son incompréhension à ce sujet. Car le nonagénaire n’aurait pas bénéficié, en outre, d’une surveillance particulière dans le service, malgré ses antécédents et son comportement.
Par ailleurs, le fait que l’hôpital n’a pas jugé bon d’alerter la police, laisse pour le moins pantois. C’est grâce à la plainte contre X déposée, lundi, dans une gendarmerie, par la famille de la vieille dame, que l’action publique a pu débuter. Ainsi alerté, le procureur a alors transmis le dossier à la Sûreté départementale qui n’a pu commencer son enquête, pour “coups mortels “, que mardi, deux jours après les faits.
Malgré les dénégations de la direction du CHU, indiquant notamment qu’elle avait déclenché une enquête administrative, il semble bien que l’hôpital a souhaité que l’affaire ne s’ébruite pas trop. Selon plusieurs témoignages de salariés de Serre-Cavalier, un établissement dont l’image de marque était déjà écornée depuis plusieurs années (lire ci-dessous), la direction a fait passer comme consigne de "ne rien dire à qui que ce soit".
Salariés inquiets

Depuis plusieurs années, la CGT du CHU dénonce à Serre-Cavalier le manque d’effectifs et de formation des personnels. « Un service public en souffrance » pouvant amener à des situations de « maltraitance institutionnelle » des pensionnaires. Hier, Bruno Vigne, secrétaire de la CGT du CHU, évoquait « la vive émotion » des salariés du site et leur inquiétude : « Ils ont peur qu’on leur reproche un défaut de surveillance. Mais nous serons garants du fait qu’on ne leur donne pas les moyens de la faire. »
Le syndicaliste évoque encore ces salariés de l’hôpital contraints de travailler en gérontologie : « On ne peut pas travailler avec des personnes âgées en y allant à reculons. » Demain matin, le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) doit se réunir. Un rendez-vous, prévu de longue date, qui promet d’être tendu.
http://www.midilibre.fr/2011/10/01/nonagenaire-battue-a-mort-l-hopital-en-question,396643.php

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