vendredi 10 août 2012

Meurtre à la maison de retraite: Le mari de 90 ans mis en examen

Meurtrier de son épouse grabataire de 88 ans poignardé lundi dans une maison de retraite de Reims, le mari de 90 ans a été mis en examen hier et écroué en milieu hospitalier. Il invoque un geste de désespoir.

Il est descendu du fourgon de police dans une chaise roulante, les traits creusés, les avant-bras bandés, mains jointes et visage impassible, immobile comme une statue de cire.
Direction l'entrée du palais de justice réservée aux handicapés, puis l'ascenseur, avant qu'un monte-charge ne finisse d'amener dans le cabinet du juge d'instruction le frêle Jean P., 90 ans, meurtrier de son épouse de 88 ans poignardée lundi soir dans une maison de retraite de Reims (nos précédentes éditions).
Contre toute attente, un psychiatre a finalement conclu que le vieil homme était en état d'être présenté à la justice. Il s'est donc retrouvé hier au palais. Mais que faire de lui ?

64 ans de mariage
Quelle décision prendre devant cette « tragédie de la fin de vie » interprétée par certains comme un « acte d'amour » envers une épouse grabataire qui souffrait de pathologies neurodégénératives à un stade avancé, lui-même étant atteint d'une maladie mortelle à court terme ? La loi interdit de donner la mort à tout être humain, sauf cas de légitime défense. Les magistrats sont là pour appliquer la loi, aussi le juge d'instruction a-t-il notifié au vieillard une mise en examen pour « homicide volontaire par conjoint sur une personne vulnérable », le parquet réclamer son incarcération en milieu hospitalier, le juge des libertés et de la détention suivre les réquisitions. Ancien boulanger, Jean s'est marié avec Marie-Madeleine il y a 64 ans. Les années ont passé, la retraite est venue, puis le déclin irréversible du grand âge. Marie-Madeleine a rejoint la résidence Orpea de la rue Raymond-Guyot en 2008. Son mari l'a suivie en 2009. Sans enfant, éloignés de leur famille dispersée en France, tous les deux bénéficiaient de l'accompagnement médico-social assuré par cette résidence spécialisée dans la prise en charge des personnes âgées invalides et dépendantes.
Le souhait de mourir ensemble, le couple l'avait déjà évoqué lors de conversations avec le personnel, mais combien de vieux époux n'expriment-ils pas ce désir sur le mode du vœu pieux ?

Le choix de Jean
Pour Jean, tout a basculé récemment, il y a une dizaine de jours, quand son médecin lui a annoncé qu'il souffrait d'une maladie incurable, et qu'il allait probablement décéder avant Marie-Madeleine. Ce fut le « déclic ». Angoissé à l'idée de la laisser seule, et de ne plus pouvoir s'occuper d'elle, il a choisi de la tuer puis de se suicider. Il explique que son épouse était d'accord mais les enquêteurs se demandent comment elle aurait pu exprimer un tel consentement au regard de ses facultés intellectuelles gravement amoindries par la maladie.
Au sein de la résidence, personne n'aurait été informé du funeste projet mis à exécution lundi soir par le vieil homme. Sa femme était au lit. Il l'a d'abord frappée au visage avec un vase, avant de l'égorger mortellement de plusieurs coups de couteau. Il a voulu se taillader les veines, mais il s'est raté. C'est lui-même qui a bipé le personnel de garde.
Aujourd'hui, Jean ne souhaite qu'une chose : mourir pour rejoindre au plus vite son épouse. De sa voix chevrotante, il l'a dit aux policiers, il l'a répété lors de sa mise en examen. Il a même réclamé « la guillotine » au juge d'instruction. La justice des hommes ne le concerne plus. Elle ne l'intéresse plus. « J'ai un cancer. J'espère qu'il passera avant. »


http://www.lunion.presse.fr/article/marne/meurtre-a-la-maison-de-retraite-le-mari-de-90-ans-mis-en-examen

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