Ce qui est sûr, c'est qu'il en reste des traces de ces noyades. Il suffit qu'un jeune homme disparaisse à Lille ou aux alentours pour qu'on prédise qu'il sera retrouvé dans la Deûle... « Et pourtant, soupire le procureur de la République Frédéric Fèvre, on me disait que la disparition de Simon Cordier (disparu fin décembre, ndlr) était l'oeuvre du "pousseur". Mais c'est enterré dans un jardin qu'on l'a retrouvé... » Ce qui est sûr, c'est qu'on en parle toujours aujourd'hui. Et pas que dans la métropole lilloise. Récemment encore, des médias nationaux - TF1, Canal +, L'Express - ont consacré des reportages à cette série de noyades. Forcément, elle a de quoi faire les choux gras des journalistes.
C'est avec la disparition de Jean-Mériadec Le Tarnec, le 20 février 2011, que « l'affaire » éclate réellement. Immédiatement, la presse, autant que les riverains, fait le rapprochement avec deux autres disparitions, celle de John Ani en octobre, retrouvé sans vie dans la Deûle, et celle de Thomas Ducroo.
Trois hommes, jeunes, Lillois, qui venaient de faire la fête à Lille... Troublant, non ? Martine Aubry elle-même avait reconnu que cette histoire n'était pas « très claire ». Les disparitions de Lloyd Andrieu puis d'Hervé Rybarczyk, repêchés eux aussi dans la Deûle, n'ont pas arrangé les choses.
Presque classé...
Un an après, aucun dossier n'est classé. Toutefois, le procureur a indiqué que celui regroupant les trois premières disparitions pourrait l'être prochainement (lire ci-contre). Le parquet de Lille n'a pas changé son discours : pour ces trois cas et pour Lloyd Andrieu, « nous en sommes au même point qu'avant : aucune trace de violence, aucun témoin, aucun élément ne permet de dire qu'il s'agit de faits criminels ». La thèse du suicide ou de l'accident est largement privilégiée. Concernant Hervé Rybarczyk, l'enquête, confiée à la Sûreté du Nord, a conclu « avec une quasi-certitude à un suicide », ajoute le procureur.
Alors à défaut d'arrêter un pousseur, les autorités ont imaginé d'autres mesures pour prévenir les noyades. Pressées, il faut le dire, par une pétition rassemblant des milliers de signatures pour aménager la Deûle, elles ont décidé - non sans difficultés - de mettre en place une ligne de vie le long du canal. Pendant quinze jours au mois d'octobre, elles ont envoyé des brigades de CRS patrouiller chaque nuit à bord de canots pneumatiques et une autre le soir du Nouvel An. Elles ont aussi annoncé un renforcement des contrôles dans les bars, une lutte contre l'alcoolisation excessive des jeunes...
La faute à l'alcool
L'alcool, les stupéfiants : c'est une autre donnée commune à chaque victime. On a les chiffres précis : 2,21 g par litre de sang pour John Ani, avec des traces de cannabis. 1,85 g pour Thomas Ducroo, avec traces de cannabis et de cocaïne. On sait aujourd'hui que le jeune homme a été déposé le long de la Deûle par les copains qui l'accompagnaient : il avait vomi dans la voiture, ils lui ont demandé de sortir.
On continue : environ 2 g pour Jean-Mériadec Le Tarnec. Quelques jours avant le drame, l'étudiant aurait passé une nuit à la gare Lille Flandres, tellement ivre qu'il était incapable de retrouver son chemin. Pour Lloyd Andrieu, 1,81 g et des traces de cannabis : lui est certainement décédé par hydrocution.
Quant à Hervé Rybarczyk, il n'avait « que » 0,23 g. Mais de la méthadone, de la morphine, des amphétamines et de l'héroïne en quantités mortelles , assure aujourd'hui le procureur. Accident ou pas, tous ces hommes, avant de mourir, étaient dans un état très vulnérable.
La Deûle, ils l'ont sous les yeux jour et nuit. Depuis leur appartement, leur péniche ou leur caravane, ils peuvent voir ce qui se passe le long du canal. Et ces riverains ont à peu près les mêmes réponses : la nuit, il ne se passe pas grand-chose...En fait, les riverains n'ont pas grand-chose à dire. Ils n'ont jamais vu de pousseur, de gens bizarres, de choses étranges. N'en déplaise aux rumeurs. Prenons Renée, par exemple : le balcon de son appartement donne pile sur l'Esplanade. Mais voilà, la nuit, Renée dort !De toute façon, « le soir, c'est plus ou moins désert, raconte-t-elle. Quelquefois, on entend des gens crier, mais on ne se lève pas pour regarder ce qui se passe ». Deux étages plus haut, Nicole est encore mieux placée : une vue imprenable sur les quais. En plus, elle se couche « très tard ». Alors, la Deûle le soir, c'est comment ? « Depuis 15 ans qu'on est là, on voit un peu de voitures qui tournent sur le parking de l'Esplanade, mais moins qu'avant (le parking est réputé pour être un lieu de rencontres la nuit, ndlr). Le jeudi, on entend souvent les étudiants de la Catho chahuter, mais dans l'ensemble ça reste calme ». Même constat chez Éric, qui vit depuis quelques mois dans une caravane sur les quais : « C'est quasi désert, mal éclairé, assez glauque ».Jusqu'au soir, précise Francis, la Deûle est aux joggeurs et aux promeneurs. « La nuit tombée, on entend les étudiants qui rentrent de boîte le jeudi ou le vendredi, et ça reste un lieu de rencontres homosexuelles. Et puis au petit matin, les seules personnes qu'on voit, ce sont les pêcheurs »
http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/02/03/l-affaire-des-noyes-de-la-deule-un-an-ap.shtml
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