C'est un père éploré en quête de vérité sur la disparition de son fils. La vie de Madjid Brahmi, artisan maçon de 45 ans domicilié à Mazamet, a basculé le 24 mars dernier, quand des policiers se sont présentés au 75, avenue Georges-Guynemer. « J'étais en train de bricoler chez mon fils, qui avait acheté ce pavillon mitoyen de notre maison. Un policier m'a demandé si je connaissais le numéro de portable de mon fils Belkacem. Mais pourquoi vous avez besoin de ce numéro ? lui ai-je demandé. Il m'a répondu que c'était pour un PV mais je ne l'ai pas cru. »
Madjid ira de lui-même au commissariat de Mazamet pour apprendre une terrible nouvelle : la veille, à Paris, la police avait repêché un corps dans la Seine, près du pont Garigliano. Sur ce cadavre très abîmé, un téléphone portable appartenant à Belkacem a été trouvé mais ses parents, Madjid et Nassera, sont toujours persuadés que ce n'est pas leur fils et, pire, qu'on leur a caché quelque chose.
Pour découvrir la vérité, ils ont vendu les deux maisons de Mazamet pour s'installer, depuis cet automne, en région parisienne. Un véritable déchirement pour cette famille originaire de Kabylie. « Moi, j'adore le Tarn. Ils ont bousillé ma vie. Maintenant, avec mon épouse, on voit tout en noir, même si on a le soutien de notre fille, qui habite à Paris. »
Plainte contre X pour assassinat
Les Brahmi en veulent à la police. L'enquête menée par le commissariat du 16e arrondissement, avait conclu, en avril, à un suicide par noyade, constatant que la victime avait consommé de l'alcool et du cannabis. Mais les parents de Belkacem ne croient pas à cette thèse. « Ce n'était pas un garçon à problèmes. Pourquoi aurait-il voulu se suicider alors qu'il avait plein de projets ? », se demande son père. Lui croit plutôt à la piste criminelle. Il a d'ailleurs déposé plainte contre X pour assassinat afin que l'enquête soit rouverte et qu'un test ADN soit effectué. Après de longs mois d'attente, sa demande a enfin été prise en considération (lire ci-contre). À la satisfaction de son avocat Me Denis Giraud pour lequel « la manière dont l'enquête a été menée jusqu'à maintenant laisse à penser qu'il y a eu un certain nombre de ratés ».Le corps repêché dans la Seine, Madjid Brahmi a pu le voir, le 19 avril, à l'institut médico-légal du 12e arrondissement. « Mais juste 4 minutes et on ne m'a montré que le visage. Je n'ai pas reconnu mon fils, j'ai regardé ses dents. Belkacem avait un petit espace entre les dents du haut. »
Éléments troublants
Mais il y a plus troublant encore : le noyé portait un jean de taille 44 « alors que mon fils, qui mesurait 1m74 et pesait 67 kg, mettait du 38 ou du 40 » et des chaussures du 42-43 « alors que Belkacem chaussait du 40 », précise M. Brahmi.Arrivé d'Algérie en 2009 pour rejoindre son père à Mazamet, le jeune homme rêvait de s'engager dans l'armée. « Lors de la journée d'appel, à Castres, il avait été bien conseillé au 8e RPIMa. On l'a orienté vers le métier d'agent de sécurité. » Juste avant sa disparition, Belkacem venait d'obtenir son certificat de qualification professionnelle, à Montreuil. « Il est monté à Paris le 28 février pour récupérer son diplôme. Il devait y rester 4 jours. Ma fille l'a eu au téléphone le 1er mars dans l'après-midi. Après, plus rien. »
Dix mois ont passé et Madjid et Nassera ne savent toujours pas si le corps qu'ils ont fait inhumer, le 24 avril, en Kabylie, est bien celui de Belkacem.« Le maire de Mazamet, que je remercie de son soutien, m'aurait trouvé une place au cimetière mais le souhait de mon fils était de reposer auprès de son grand-père paternel. »
http://www.ladepeche.fr/article/2012/01/04/1253042-le-combat-des-parents-de-belkacem-pour-la-verite.html
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